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Sciences et Sociétés en Europe

Vendredi 19 et Samedi 20 octobre

Aux 15e et 16e siècles un puissant élan intellectuel s'étend à toute l'Europe. Des savants remettent en question les idées et les croyances traditionnelles. Cela aboutira au renouveau intellectuel et culturel des Lumières, développé autour d'idées pré-démocratiques, telles que le renouvellement de l'éthique et de l'esthétique et sur un savoir fondé sur la « raison éclairée » de l'homme. Ses inspirateurs se voyaient comme une élite courageuse d'intellectuels œuvrant pour un progrès du monde, dépassant des siècles d'irrationalité, de superstition et de tyrannie. Et face aux rivalités des grandes puissances qui continuent de déchirer l'Europe, les philosophes promeuvent l'idée qu'il est nécessaire d'encourager le commerce entre les nations pour apprendre aux Européens à se connaître et pour favoriser la paix.

Le 19° et l'essentiel du 20° siècle dans la foulée de la révolution industrielle seront marqués par la place prépondérante des sciences et du progrès scientifique et technique. Marxisme, positivisme témoignent parmi d'autres courant de pensées de l'emprise de la raison scientifique.

Aujourd'hui, quand on évoque les sciences, la recherche et le développement c'est souvent pour en exalter uniquement le potentiel en termes de croissance économique, ou, à l'opposé, pour sombrer dans un nouvel obscurantisme. Alors que la « société de la connaissance » est le nouveau terme consacré, le dialogue entre science et société semble rompu. Face à la perte de repères et aux replis identitaires et culturels qui en découlent et qui risquent d'hypothéquer l'avenir de l'Union européenne, y a-t-il un rôle à jouer pour la communauté scientifique afin de renouer avec cette notion de civilisation européenne ? L'Europe des savants et des chercheurs peut-elle insuffler un élan nouveau, une perspective et redevenir le creuset d'une conscience collective ?

Pour explorer cette question, nous nous proposons de structurer le débat autour de trois grands axes.

1. Le progrès scientifique en tant que moteur de croissance économique

  • Développement d'une économie de la connaissance à travers une politique active de recherche au niveau européen:

Le rôle central de la recherche a été reconnu à Lisbonne en 2000 par le Conseil européen, qui a souligné la place de la connaissance et de l'innovation comme étant essentielle et a fixé pour l'Union un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir: devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale. Quel bilan peut-on faire de cette initiative et quelles en sont aujourd'hui les perspectives ?

  • Recherche publique et recherche privée

Les activités de recherche se répartissent dans des proportions variables selon les domaines et globalement équilibrées en termes de dépenses globales entre financements et modes de gestion publics et privés. Cet équilibre résulte de choix politiques qui doivent être justifiés auprès des citoyens et viser le long terme. Quels sont les critères utilisés pour faire ces choix, sont-ils toujours explicites et judicieux ?

  • La recherche européenne dans la mondialisation

La recherche scientifique et ses applications concrètes ne connaissent pas les frontières. La mondialisation offre un champ naturel à leur développement, peut être une chance quant à l'efficience du progrès des sciences et des techniques, mais peut aussi conduire à une perte de contrôle par le politique du fait d'une main mise de puissants groupes d'intérêt économiques et financiers sur les grands enjeux de demain. Comment l'Europe peut-elle faire prévaloir l'intérêt général et les principes démocratiques sur les lobbies de toutes sortes ?

2. Sciences et société

  • Sciences et éducation : L'univers scientifique a-t-il une vision à offrir aux jeunes ?

« Globalement, ce que je déteste le plus dans les Écoles, c'est l'autosatisfaction – des maîtres, des élèves et des anciens élèves. D'elle vient le conservatisme ; et cette notion absurde du "droit à vie". » Pierre-Gilles de Gennes

Selon de Gennes, l'éducation devrait s'appliquer à développer des valeurs comme le sens de l'observation, l'autonomie, l'esprit d'initiative et le goût du travail bien fait. L'idéal serait de rétablir les "leçons de choses" au secondaire, en favorisant les balades géologiques, l'étude de la flore ou la recherche de fossiles, par exemple. Il trouve l'enseignement en France trop dogmatique, théorique et déductif, contrairement à celui des pays anglo-saxons. Les étudiants n'apprendraient pas suffisamment à douter, et la présentation de la science sous forme de règles et de principes ne suffirait pas à former des esprits innovants. Le récent rapport Eurydice sur l'enseignement des sciences en Europe arrive à des conclusions similaires.

Comment faire dès lors pour encourager une nouvelle génération de scientifiques, capables d'innovation dans une société dont le moteur est la connaissance ? Comment encourager plus de filles à suivre les filières scientifiques, qui continuent à être dominées par la gente masculine ? Et pourquoi ne pas mieux mettre à profit le langage universel qu'offrent les sciences pour jeter des ponts entre les jeunes d'origine et d'univers différents, afin d'offrir une vision commune, d'exalter les points communs qui nous réunissent au-delà des différences ?

  • Sciences et laïcité

Les relations souvent conflictuelles voire antinomiques entre institutions religieuses et communauté scientifique qui ont marqué l'histoire de l'Europe restent d'actualité. Grâce notamment à l'application sous différentes formes du principe dit de laïcité dans la société, l'Europe a certes réussi à résister aux dérives sectaires des grandes religions monothéistes, dérives qui s'attachent souvent à remettre en question la théorie scientifique. Qu'en sera-t-il de demain si nous ne sommes pas capables de faire valoir nos principes et de résister aux tentatives de régression émanant de la montée an puissance des intégrismes ?

  • Sciences et éthique

La question qui se pose est : comment renforcer le dialogue entre science et société en Europe, de façon à élaborer un agenda scientifique et de recherche qui réponde aux préoccupations éthiques des citoyens, notamment en nourrissant la réflexion critique (sur des sujets tels que les cellules souches, les organismes génétiquement modifiés, la sécurité alimentaire, la protection de l'environnement…), et qui vise à restaurer la confiance du public dans la science ? Un tel dialogue est-il possible ? Comment est-il envisagé par les acteurs responsables au niveau du débat public (politiques, scientifiques, philosophes…)

3. Sciences et enjeux démocratiques

  • La science, un laboratoire pour la démocratie participative?

"Science is a kind of open laboratory for democracy. It's a way to experiment with the ideals of our democratic societies. … In science you must accept the fact that you live in a community that makes the ultimate judgment as to the worth of your work. But at the same time, everybody's judgment is his or her own. The ethics of the community require that you argue for what you believe… but you have to be honest in reporting your results, whatever they are… Good science comes from the collision of contradictory ideas, from conflict, from people trying to do better than their teachers did, and I think here we have a model for what a democratic society is about. There's a great strength in our democratic way of life, and science is at the root of it." Lee Smolin, "Loop Quantum Gravity," 2003

L'Europe peut-elle devenir un lieu privilégié d'expérimentation qui progresserait par réfutation incessante de connaissances objectives, une société ouverte telle que l'envisageait Karl Popper ? Comment s'y prendre pour y parvenir ? Les hommes et femmes de science ont-ils quelque chose à offrir et sont-ils prêts à s'impliquer ?

  • Information des citoyens

Au-delà de l'éducation de base, une information permanente, pertinente, objective et accessible sur les questions relatives aux sciences est indispensable au bon fonctionnement d'une société démocratique moderne. Beaucoup d'acteurs contribuent à l'élaboration et la diffusion de cette information (médias généralistes et spécialisés, autorités indépendantes, Internet…). Comment s'assurer que les dérives bien connues des systèmes d'information (censure, manipulations, contrôle financier par des grands groupes privés, démagogie populiste…) ne prennent pas trop d'ampleur dans un domaine aussi sensible et difficile d'accès que l'information scientifique.

  • Vers une prise de décisions éclairées

Nous nous devons de maîtriser le devenir de nos sociétés en mettant en œuvre des moyens permettant à la science de continuer à s'épanouir dans les meilleures conditions, et au progrès technique de déboucher sur une amélioration continue du bien-être le l'homme. La prise de conscience des risques (éthique, environnement, militaire…) liés à un manque de maîtrise des sciences et des techniques ne doit pas conduire à une peur irrationnelle paralysante mais bien au contraire à la mise en place de processus de choix collectifs intégrant l'ensemble des acteurs concernés et s'appuyant sur des expertises aussi indépendantes que possible, en restant fidèle à l'esprit encyclopédique qui animait les penseurs et philosophes des Lumières dont nous voulons rester les héritiers.


Wissenschaft und Gesellschaft in Europa

Im 15. und 16. Jahrhundert unterliegt Europa einem bedeutenden intellektuellen Wandel. Gelehrte hinterfragen Glauben und vorherrschende Ideen, was zu einer intellektuellen und kulturellen Erneuerung führt: der Aufklärung. Die Vernunft wird zum Fundament einer erneuerten Ethik und Ästhetik, und der Mensch wird gefordert, sich « seines eigenen Verstandes zu bedienen ». Die Vertreter der Aufklärung betrachten sich als eine couragierte intellektuelle Elite, die sich den weltlichen und geistlichen Machthabern widersetzt, um den gesellschaftlichen Fortschritt zu fördern. Und während Europa weiter von Kriegen zerrissen wird, propagieren Philosophen die Idee, den Handel zwischen den Nationen zu fördern, damit die europäischen Völker sich kennenlernen und der Frieden dadurch begünstigt werde.

Im Zuge der industriellen Revolution zeichnen sich das 19. und das 20. Jahrhundert durch die Hegemonialstellung der Wissenschaften sowie des naturwissenschaftlichen und technischen Fortschritts aus. Vom Einfluss dieser wissenschaftlichen Ratio zeugen u.a. die Entwicklung des Positivismus und des Marxismus.

Wenn man heute von Wissenschaft, Forschung und Entwicklung spricht, dann oftmals nur um deren Potenzial im Bereich des wirtschaftlichen Wachstums zu unterstreichen oder, umgekehrt, um einer neuen Form des Obskurantismus zu frönen. Wir leben zwar heute im Zeitalter der sogenannten Wissensgesellschaft, doch der Dialog zwischen Wissenschaft und Gesellschaft scheint längst unterbrochen zu sein. Der Verlust von Orientierungspunkten und die identitäre und kulturelle Abkapselung, die sich daraus ergibt, gefährden die Zukunft der Europäischen Union. Es stellt sich die Frage, ob die wissenschaftliche Gemeinschaft einen Beitrag dazu leisten kann, dem Begriff einer europäischen Zivilisation wieder neues Leben einzuhauchen. Kann das Europa der Gelehrten und Forscher dieser Idee eine neue Dynamik verleihen, eine Perspektive schaffen und sich somit wieder zum Schmelztiegel eines kollektiven Bewusstseins entwickeln?

Um dieser Frage nachzugehen werden wir versuchen, die folgenden drei Themenbereiche zu erörtern:

  • Wissenschaft als Motor für wirtschaftliches Wachstu
  • Wissenschaft und Gesellschaft
  • Wissenschaft und die demokratische Herausforderung

Science and Society in Europe

In the 15th and 16th century a forceful intellectual impulse unfolds throughout Europe. Scholars challenge conventional ideas and beliefs. This paves the way to the intellectual and cultural renewal embodied by the Enlightenment, a movement based on a novel approach to knowledge, ethics and aesthetics, and which advocates « reason » as the primary basis for authority. The major figures of this revolution saw themselves as courageous intellectual elite. They believed in the progress of mankind and aimed at overthrowing centuries of irrationality, superstition and tyranny. And while rivaling powers were still tearing Europe apart philosophers started spreading the idea of encouraging trade between nations, for it would bring Europeans together and hence favor peace.

In the wake of the industrial revolution the 19th and most of the 20th century have been heavily influenced by science as well as by scientific and technological progress. The positivist and the Marxist schools of thought, among others, bear witness of this ascendancy of scientific reason.

Nowadays, when sciences, research and development are mentioned, it is often merely to exalt their potential in terms of economic growth or, on the contrary to dwell on a new form of obscurantism. Indeed, whereas « knowledge society » has become the new buzz word, it seems that there is no longer a dialogue between science and society. Given the loss of references - and the identitarian and cultural isolationism which are favored by such loss - we need to ask the question whether the scientific community still has a role to play in order to revive the concept of a European civilization. Will the scholars and researchers of Europe be able to provide a new inspiration, to shape a common future? Can scientific Europe become again the melting pot of a collective consciousness?

We will try to answer these and further questions by organizing the debate around three main topics:

  • Scientific progress as an engine for economic growth
  • Science and society
  • Science and the democratic challenge


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